MSF : « Toutes les techniques possibles sont utilisées pour maintenir les gens à l’extérieur des frontières européennes »

La présidente de MSF dénonce la complicité de l’Union européenne, dont la France, dans le « système de prédation » en Libye au détriment des migrants.

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Joanne Liu est présidente de Médecins sans frontières (MSF) international. De retour de Libye, où elle a visité plusieurs centres de détention pour migrants, elle témoigne de la cruauté dont sont victimes ces personnes, et accuse les États européens d’être les complices de cette situation.

Qu’avez-vous vu dans les centres de détention de migrants en Libye ?

Joanne Liu C’est difficile d’en parler. Je fais de la médecine humanitaire depuis vingt ans mais je n’avais jamais vu ça. La veille de mon arrivée, 200 personnes avait été ramenées après que leur embarcation eut été interceptée. Les gens sont enfermés dans de grandes pièces sales, entassés jusqu’à plusieurs centaines. Un gardien a ouvert brutalement la porte d’une de ces cellules pour que j’y entre. Et là, j’ai vu la terreur dans les yeux de ces personnes. Elles étaient émaciées. Elles me murmuraient : « Sortez-moi d’ici… » Une telle souffrance humaine m’a bouleversée. L’après-midi, nous avons visité un autre centre tellement surpeuplé que les gens étaient incapables d’étendre leurs jambes. J’y ai retrouvé la même sensation d’asservissement permanent et de souffrance. La même terreur dans les yeux.

Que vous ont-ils dit ?

Il n’est pas possible de parler avec les migrants à l’intérieur des centres, car ils ont peur de témoigner au vu et au su de tout le monde. Nous y sommes parvenus dans une petite clinique privée que nous finançons et qui compte une douzaine de lits. C’est là qu’une femme m’a raconté les violences et les humiliations qui leur sont infligées « par jeu ». Elle-même a dû rester sous le soleil, sur une jambe, jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse alors qu’elle était enceinte.

http://www.lemonde.fr/afrique/

 

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