Sans-papiers : à la Maison Blanche, discours musclé mais intentions floues

Pour le moment, ni expulsions de masse ni recours à l’armée ne sont à l’ordre du jour. La hausse des expulsions n’est pas encore significative.

John Kelly, le secrétaire d’Etat à la sécurité intérieure, avec Donald Trump, à la Maison Blanche, le 31 janvier.

John Kelly, le secrétaire d’Etat à la sécurité intérieure, avec Donald Trump, à la Maison Blanche, le 31 janvier. BRENDAN SMIALOWSKI / AFP

 

Quels sont les véritables projets de la Maison Blanche en matière d’expulsions de sans-papiers ? Au-delà d’un discours de fermeté articulé autour du projet de « mur » sur la frontière avec le Mexique, la nouvelle administration maintient l’ambiguïté. Pendant la campagne, Donald Trump avait évoqué la mise sur pied d’une « force » capable de gérer le renvoi de plusieurs millions de personnes, avant de faire machine arrière sous l’effet des critiques, y compris républicaines. De même, il n’a jamais tranché la question de savoir si les expulsions doivent se limiter aux sans-papiers condamnés pour des délits ou des crimes, ou bien si elles doivent s’étendre à tous les résidents en séjour illégal, qu’on estime à plus de 11 millions de personnes.

 

Ce sont ces imprécisions qui entretiennent une véritable psychose, aggravée par les déclarations parfois contradictoires émanant de la nouvelle administration. Le porte-parole de la Maison Blanche a ainsi dû corriger le président, jeudi 23 février. Le matin même, recevant des chefs d’entreprise, Donald Trump avait évoqué les expulsions de sans-papiers, en évoquant une « opération militaire ». Sean Spicer a assuré que le président n’avait utilisé le terme que comme « adjectif », uniquement pour insister sur la « précision » des opérations.

 

Manque de ressources humaines

 

Le mot était d’autant plus mal choisi qu’une semaine plus tôt, la Maison Blanche avait vivement réagi à la publication d’une enquête de l’agence Associated Press faisant état du projet de recourir à la Garde nationale dans certains Etats pour faire face aux difficultés posées par des expulsions. L’administration s’était appuyée sur cette enquête pour dénoncer un parti pris de la presse. L’agence américaine avait répliqué en assurant que les autorités avaient tardé à répondre à ses demandes de confirmation. Elle avait maintenu que cette hypothèse avait été examinée avant d’être abandonnée. En visite au Mexique, jeudi, le secrétaire à la sécurité intérieure, John Kelly, a exclu formellement de son côté le recours « à l’armée en matière migratoire ».

 

Tour à tour, M. Spicer et M. Kelly ont exclu que des « expulsions de masse » soient déjà programmées. En l’état, le pays ne dispose d’ailleurs pas des ressources humaines nécessaires. Il a été prévu de tripler le nombre d’agents d’immigration, en ajoutant 10 000 employés aux 5 800 existants, par un décret signé par M. Trump, mais il suppose l’allocation d’au moins 600 millions de dollars (568 millions d’euros) au département concerné. Il en va de même pour l’ajout de 5 000 officiers au corps chargé de la surveillance des frontières, qui n’est pas encore budgété.

 

Sursis pour les « dreamers »

 

Avant 2010, la majorité des personnes reconduites à la frontière étaient des personnes sans casier judiciaire, selon le Migration Policy Institute, une organisation indépendante. Les personnes condamnées sont devenues majoritaires à partir de cette date. Les reconduites ont visé également les personnes fraîchement arrivées, contrairement à celles installées de longue date.

 

Pour l’instant, la Maison Blanche a retardé une décision concernant les personnes arrivées mineures aux Etats-Unis – les « dreamers » – et qui disposent, grâce à l’administration précédente, d’un statut protégé renouvelable, ainsi que d’un permis de travail. Plus de 700 000 personnes sont concernées. Lors de ses auditions par le Sénat, en janvier, M. Kelly avait estimé qu’elles ne « devraient pas figurer parmi les priorités ». Enfin, les premiers chiffres disponibles sur les expulsions auxquelles a procédé la nouvelle administration ne font état pour l’instant d’aucune hausse significative par rapport à l’ancienne équipe, en considérant la même période de début de premier mandat.

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