Canada, Australie : quel est ce système de l’immigration choisie vanté par Donald Trump ?

Le président américain a cité le Canada et l’Australie comme sources d’inspiration pour réformer le système d’immigration aux Etats-Unis.

Des travailleurs étrangers cultivent des champignons dans une ferme à Leamington, en Ontario, au Canada, le 14 avril 2016.
Des travailleurs étrangers cultivent des champignons dans une ferme à Leamington, en Ontario, au Canada, le 14 avril 2016. Mark Blinch / Reuters

 

Dans son premier discours de politique générale devant le Congrès, mardi 28 février, le président Donald Trump a réitéré sa volonté de réformer le système d’immigration américain. Il a cité en exemple l’Australie et le Canada, qui accordent davantage de poids aux travailleurs qualifiés que les Etats-Unis.

Le nombre de visas accordés

C’est un record : plus de 320 000 personnes ont immigré au Canada du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016, selon les données de Statistique Canada. « Le pays n’a jamais reçu autant d’immigrants en une seule période annuelle depuis le début des années 1910, période de colonisation de l’Ouest canadien », souligne l’institution.

Le gouvernement prévoit d’accueillir encore 300 000 immigrants en 2017, avec moins de réfugiés et plus de migrants pour raisons économiques : 172 500 travailleurs, 40 000 réfugiés et 84 000 personnes au titre du regroupement familial. Pour rappel, le pays compte 36,6 millions d’habitants.

L’Australie prévoyait d’accorder 190 000 visas en 2015-2016 au titre du Programme de migration, dont 68 % aux travailleurs qualifiés, comme l’année précédente. La part restante concerne le rapprochement familial. Ces statistiques du Département de l’immigration ne tiennent pas compte du flux «humanitaire ». L’île compte aujourd’hui près de 25 millions d’habitants.

Un système de points pour travailleurs qualifiés

Le Canada est le premier pays à introduire un système de points, en 1967. L’objectif : éviter toute discrimination. Il récompense les études, la maîtrise de l’anglais ou du français et l’expérience professionnelle. Cette immigration au mérite a inspiré plusieurs pays, dont l’Australie. A quelques exceptions près, le programme d’immigration australien est calqué sur le canadien, selon une étude comparative des Cahiers économiques de Bruxelles.

La note minimum pour être en mesure d’immigrer au Canada s’élève à 67 points, avec au maximum 28 points attribués pour les compétences linguistiques, 25 points pour les études, 15 points pour l’expérience, 12 points pour l’âge, 10 points pour une promesse d’embauche et 10 points pour l’adaptabilité, détaille le gouvernement sur son site. Certains peuvent obtenir des points supplémentaires en s’installant dans des territoires particuliers.

Pour immigrer en Australie, les candidats doivent obtenir au moins 60 points : 30 points maximum sont accordés en fonction de l’âge, 20 points pour la maîtrise de l’anglais, 20 points pour le niveau d’études, 15 points pour l’expérience professionnelle dans un emploi similaire à celui demandé, en Australie ou à l’étranger, et 5 à 10 points pour d’autres facteurs, dont les compétences de son conjoint ou concubin.

  • Une prime aux candidats déjà embauchés

Depuis 2009, l’Australie privilégie surtout les candidats disposant déjà d’une promesse d’embauche. Le Canada a suivi la tendance. Depuis 2015, les travailleurs qualifiés peuvent ainsi postuler au système Entrée express. Les employeurs délivrant les promesses d’embauche doivent généralement justifier qu’ils n’ont pas réussi à pourvoir le poste avec un citoyen canadien ou un résident permanent. Il s’agit de postes de gestion (directeurs de restaurant, de mines, etc.), de professionnels (médecins, architectes, etc.) et d’emplois techniques ou spécialisés (électriciens, plombiers, etc.).

Mais ce nouveau système alimente des critiques. Il privilégie l’aspect commercial aux valeurs civiques. Certains craignent des fraudes avec des emplois de complaisance, et une discrimination accrue, difficile à détecter. Sans compter les risques d’abus de la part des employeurs, auxquels les nouveaux immigrants sont liés pour une certaine période.

  • Des programmes pour attirer les entrepreneurs

Le Canada vise les entrepreneurs avec son programme de visa pour démarrage d’entreprise. Les immigrants capables de monter « des entreprises novatrices en mesure de créer des emplois pour les Canadiens et de soutenir la concurrence sur le marché mondial »sont les bienvenus, s’ils obtiennent un financement par l’un des fonds de capital-risque, business angels ou incubateurs d’entreprises listés par le gouvernement.

L’Australie aussi a lancé en septembre 2016 son système de visa pour les entrepreneurs. Quelques secteurs sont exclus, comme l’immobilier. Les candidats doivent posséder au moins 30 % de l’entreprise commerciale, être âgés de moins de 55 ans et maîtriser l’anglais. Ils obtiennent une résidence permanente après quatre ans, si le projet réussit.

Le Canada propose, en outre, un programme pour les travailleurs autonomes. Les personnes ayant l’intention de créer leur propre emploi au Canada doivent posséder une expérience dans des activités culturelles ou sportives, ou en gestion agricole, avec le projet d’acheter une ferme.

  • Inconvénients et atouts du système

Donald Trump s’est plaint du coût de l’immigration « peu qualifiée »pour les Etats-Unis. Le nouveau système, fondé sur le mérite, « permettra d’économiser des sommes incalculables, d’accroître les salaires des travailleurs et aider les familles en difficulté, y compris les familles des immigrés, à accéder à la classe moyenne », a-t-il assuré devant le Congrès mardi.

Or, l’herbe ne semble pas plus verte au Canada. Un rapport de l’Institut Fraser, think tank conservateur, évalue de 27 à 35 milliards de dollars canadiens (19,3 à 25 milliards d’euros) la charge fiscale imputable aux immigrants en 2014. Avec 285 000 nouveaux arrivants chaque année, ce coût augmenterait de près de 1,5 milliard par an, calcule l’un de ses auteurs, l’économiste et ancien député Herbert Grubel. « Les immigrants pourvoient aux emplois dont les Canadiens ne veulent pas et qui ainsi bénéficient à l’économie, mais en l’absence d’immigration, ces postes seraient mieux payés et effectués par des Canadiens ou remplacés par des technologies économisant la main-d’œuvre », note l’étude.

En Australie, des programmes tentent depuis 1995 de combler le manque de compétences dans les régions rurales. Contrairement au rapport canadien, une étude du Journal of Population Research souligne l’absence de différences entre les immigrés et les natifs, en termes de taux d’occupation, de chômage et de niveaux de revenu – et donc de taxes acquittées. Les auteurs constatent seulement un niveau d’études plus élevé parmi les nouveaux arrivants.

 
  • Jeanne Cavelier
    Journaliste au Monde

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