Kadiatou DIABIRA, une femme en or s’est éteinte!

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Kadiatou Diabira a 46 ans. Elle est divorcée et mère de trois enfants. Chaque journée qui commence est un marathon pour elle. Il faut la suivre pour y croire. La Pépinière Matis, dans le 19e arrondissement de Paris, où elle assure une permanence trois jours par semaine, est un lieu d’accueil pour les associations et les habitants munis d’un projet pour Orgues de Flandres, Curial, Cambrai et Alphonse Karr, des quartiers 19e arrondissement de Paris. L’association de Kadiatou, Entraide et espoir, y est domiciliée. Thierry, l’agent d’accueil et de médiation, connaît très bien Kadiatou (à gauche sur la photo), Kadi pour son entourage : « C’est un truc de malade, quand les gens ne la trouvent pas ici, ils disent “Bon ben, je vais aller chez elle”. »

Trois personnes l’attendent déjà dans le hall. La permanence commence avec M. Timera. Il travaille auprès des familles qui font appel à lui quand elles rencontrent des problèmes d’autorité avec leurs enfants. Il est accompagné de Madame Sako, traductrice de langue africaine. Elle parle toutes les langues de l’Afrique subsaharienne : le bambara, le malinké, le diaranké et le soninké.

Kadiatou m’explique le but de sa collaboration avec M. Timera : « Nous voulons transmettre le savoir-vivre en société aux enfants nés ici et qui ont tendance à se laisser glisser dans la nature, parce qu’ils n’ont pas de repères. Les enfants ont une culture de la famille qui n’est pas celle qu’ils trouvent en sortant de chez eux. Ils n’ont pas d’identité solide. Nous voulons leur apprendre à conjuguer et composer avec ces deux civilisations, celle léguée par leur famille et celle de la société française dans son ensemble. »

“ M. Timera est là pour que je l’aide à trouver un local, poursuit Kadiatou. Il veut aussi être déclaré en emploi de médiateur. Il a déjà commencé à intervenir dans les familles en tant que médiateur formateur. Il connaît les coutumes ancestrales de l’Afrique qu’il veut faire découvrir à nos enfants ainsi qu’aux Européens de souche. Je pense que ce sera plus facile pour lui d’obtenir un local que d’être déclaré en emploi de médiateur. Je vais voir avec Cédric, de l’association Projet19, s’il peut l’orienter. »

Kadi saisit le téléphone. Elle obtient un rendez-vous à M. Timera pour le 23 octobre. Rapide en besogne !« J’essaie tout de suite de trouver un interlocuteur pour les personnes qui s’adressent à moi. » Kadi, si efficace, tellement indispensable, a posé sa candidature en 2006 pour poste d’ « adulte relais » au sein de la préfecture. Celle-ci l’a acceptée. Elle y est « chargée de médiation et d’accompagnement ». La majorité des adhérents de son association sont à 80% des Africains, les 20 autres pour-cent sont des Maghrébins et des Antillais.

« Les gens viennent me voir pour que je les aide à rédiger des lettres ou à entreprendre des démarches administratives, de type conseils juridiques, régularisation de papiers ou renouvellement de titres de séjours. Quand je m’y mets, je suis le dossier jusqu’à son aboutissement. Aujourd’hui, j’ai accompagné une personne qui a “obligation de quitter le territoire” à la préfecture. Il a eu de la chance, son rendez vous été reporté. »

Son association tente de sensibiliser les plus jeunes aux risques liés au Sida et aux MST, organise également des sorties à la mer, à « Paris by Night », ainsi que des après-midis entre femmes. « Notre but est d’améliorer le lien social et le bien vivre ensemble, car nous avons constaté que beaucoup de gens sont isolés. Avec les jeunes ados de 12 à 18 ans, nous avons mis en place un projet intitulé “inter culturalité” dont le propos est “la culture de mon pays d’origine”. »

Je repasse un autre jour à la permanence de Kadiatou. Ilhem Bejaoui, une bénévole, juriste de formation, s’affaire à regrouper les pièces d’un dossier de refus de régularisation éparpillées sur un coin de bureau.« Pourtant, dit-elle, le cas de cette famille obéit aux critères de la circulaire Sarkozy du 13 juin 2006. En plus, elle peut justifier de plus de 10 ans de résidence sur le sol français. Cette fois-ci le dossier sera envoyé à la Ligue des droits de l’homme. »

Un véritable travail à la chaîne pour Kadiatou Diabira. « J’ai reçu 17 messages sur mon portable entre 9 heures et 11heures, je les écouterai plus tard, là je n’ai pas le temps. Hier soir j’en avais 33. » La présidente de l’association Entraide et espoir est en train de taper un CV pour Mme Guedrogo, qui souhaite postuler au « 104 », le nouvel établissement artistique de la rue d’Aubervilliers, tout proche. Le « 104 » recrute. Mme Guedrogo craint que les emplois de femmes de ménage ne soient donnés à des personnes qui n’habitent pas le quartier. Kadi, le téléphone rivé à l’oreille, tente de joindre le directeur du « 104 ». Elle se veut rassurante :« Nous nous battrons pour que les femmes de notre quartier y obtiennent en priorité un emploi, car le 104 est dans notre quartier. » Mme Guedoro ajoute : « Mon mari est malade, on n’arrive plus à payer la maison, il me faut ce travail ! »

Il est 11h30, trois personnes attendent encore dans le hall, Kadi a rendez vous à la mairie à midi… « Il faut recruter d’autres personnes pour m’aider à gérer cette montagne de demandes. Ça ne finit jamais. » Le soir, lorsqu’elle rentre chez elle, épuisée, c’est toujours le même rituel : « Je trempe mes pieds dans l’eau chaude et je pense que chaque fois qu’une bonne chose arrive, ça me donne envie de continuer. Mais lorsque je n’obtiens pas gain de cause pour ceux qui s’adressent à moi, je me dis que fatiguée ou pas, je ne dois pas m’arrêter sur des résultats négatifs. il faut persévérer. »

Kadiatou Diabira et son association Entraide et espoir font partie des richesses du 19e arrondissement de Paris. Kadi et son équipe de bénévoles sont devenus indispensables pour beaucoup des habitants nécessiteux des cités Curial et Cambrai.

Nadia Méhouri

 

Ces femmes qui font reculer l’excision

 

À l’occasion de la Journée internationale de mobilisation, une responsable associative témoigne de son action auprès des Maliennes «d’ici et de là-bas».

«J’ai été excisée étant bébé. Ma sœur en est morte. Une autre a été deux fois mutilée, car son clitoris avait repoussé.» Devenue adulte, Kadiatou Diabira témoigne aujourd’hui d’une blessure toujours béante : «Les femmes excisées ne peuvent plus avoir de désir. Les rapports sexuels sont essentiellement destinés à satisfaire le plaisir de l’homme. On n’existe plus…»

La Parisienne, originaire du Mali, s’est débarrassée de son statut de victime en s’engageant dans l’association Entraide et espoir, qui combat l’excision pratiquée par des Maliens d’ici et de là-bas. Laquelle dresse, depuis sa création, en 2001, un bilan «positif». «Notre sensibilisation et nos arguments sur les méfaits des mutilations sont entendus aussi bien par les femmes que par les hommes», indique-t-elle. «Mais c’est un travail de longue haleine. Il y a encore des parents qui envoient leurs fillettes au pays pour les faire exciser, car ils savent qu’ici c’est interdit », ajoute-t-elle. Les Nations unies ont décrété le 6 février journée internationale de mobilisation contre ce fléau, qui frappe plus de 125 millions de filles et de femmes d’Afrique et du Moyen-Orient.

Protéger la prochaine génération

L’association de Kadiatou Diabira travaille en collaboration avec Équilibre et populations, une ONG qui a mis en place, en 2006, un projet intitulé Protéger la prochaine génération, dont l’objectif consiste à promouvoir l’abandon des mutilations sexuelles féminines dans la région de Kayes, au nord-est du Mali, où 98 % des femmes subissent l’ablation du clitoris.

C’est ici que l’on a enlevé la « partie intime » de Kadiatou Diabira. Et c’est dans cette région, en 2009, qu’elle a participé à une « cérémonie d’abandon » organisée par Équilibre et populations, en présence d’une soixantaine de villages, d’institutionnels, d’associations et de responsables religieux et coutumiers. Un événement qui marquait « la décision collective de ne plus pratiquer l’excision », explique Aurélie Desrumaux, chargé du projet à Équilibre et populations. Les villages « font ensemble le pacte de cesser » cette pratique ancestrale. La croyance se répand d’une génération à l’autre : « Beaucoup affirment qu’une fille non excisée est impure, rapporte Kadiatou Diabira. Que le clitoris qui touche le pénis rend l’homme impuissant. D’autres soutiennent que c’est écrit dans le Coran. »

Chaque jour, les animatrices, formées par l’ONG, sillonnent à moto les villages à la rencontre des habitants pour contrer la pression sociale à l’encontre des femmes. Avec les associations locales, elles œuvrent dans des villages reliés entre eux par des liens de mariage. Ainsi signent-ils leur volonté commune de ne plus faire de l’excision un critère dans les unions. « Si une fille n’est pas excisée, elle n’est pas acceptée par le village d’à-côté », précise Kadiatou Diabira.

Petit à petit, le projet Protéger la nouvelle génération entend faire de l’absence d’excision la nouvelle norme. À son démarrage, en 2006, le programme couvrait vingt contrées. Aujourd’hui, il s’est élargi à cent villages, dont quatre-vingts, selon l’ONG, ont déclaré avoir cessé d’exciser les femmes. Une lettre l’entérine. La décision est ensuite « incorporée dans le droit coutumier », explique Aurélie Desrumaux.

Une journée internationale de mobilisation  À l’occasion de la Journée internationale 
de mobilisation contre les mutilations génitales féminines, le ministère des Affaires étrangères et le collectif Excision, parlons-en ! organisent aujourd’hui un colloque sur les défis 
de l’abandon de ces pratiques. Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, Pascal Canfin, ministre délégué chargé 
du Développement, et Yamina Benguigui, ministre chargée de la Francophonie, interviendront durant cette rencontre organisée au Centre 
de conférences ministériel. Plusieurs représentants étrangers, venus notamment du Burkina Faso, d’Égypte, de Guinée et du Sénégal, témoigneront des politiques publiques et des initiatives 
mises en œuvre dans leur pays en faveur 
de l’abandon de l’excision. Plusieurs associations, dont Femmes Solidaires, seront présentes. Toujours dans le cadre de cette journée, de nombreuses associations et ONG organisent des colloques ou des conférences aujourd’hui et demain.

Le Samedi 13 Juin 2015 Kadiatou Diabira s’est brutalement éteinte à Paris.

Dans ce monde ici-bas, il existe encore des personnes qui se battent pour de nobles causes sans faire de tapage médiatique. Kadiatou Diabira faisait partie du rang de ces femmes et de ces hommes qui se dressent au quotidien pour préserver l’intérêt commun. Dotée d’une générosité phénoménale, Kadiatou distillait l’amour et la joie de vivre autour d’elle.

Fondatrice de l’association Entraide & Espoir, militante infatigable, fervente défenseuse des droits des femmes, Kadiatou était aussi était une figure incontournable de la vie associative du 19eme arrondissement et de la diaspora malienne.

Avec Entraide & Espoir, elle avait mis en place de nombreuses actions de médiation sociale et culturelle et d’accompagnement pour les habitants de son quartier, de Paris et de sa banlieue. Par exemple, une fois par an elle organisait un « Noel Solidaire » en fin d’année en l’honneur des enfants du 19eme arrondissement de Paris.

Elle a toujours eu à cœur le développement du Mali à travers un combat permanent pour l’intégrité des femmes… Totalement engagée dans la lutte contre l’excision, elle contribuait sans cesse à cette bataille qui la préoccupait ces derniers temps. Lors de notre dernière rencontre à la Mairie du 19eme arrondissement elle avait organisé une énième rencontre de sensibilisation…. Avec sa disparition la diaspora malienne de France et sa commune de résidence viennent de perdre une femme de tous les combats.

Bouleversée, un membre de l’association,  dans un franc parlé lui a rendu hommage en ces mots :

« Madame Diabira Traoré Kadiatou, était une grande dame au grand cœur. Elle a posé des actions salutaires pendant son existence dans le monde ici-bas. Elle a aidé les sans-papiers. Elle a soutenu les sans-logis et les femmes battues. Elle a séché les larmes des enfants des autres. Kadiatou était la maman des enfants du quartier, la voix des sans voix dans le 19eme arrondissement de Paris et un peu partout. Elle n’a pas profité de la vie, au contraire elle a sacrifié sa vie pour aider les autres. Que le bon Dieu t’accueille dans son paradis ».

A l’annonce de la disparition de Kadiatou Diabira, les partenaires, les institutions, les autorités municipales ont reconnu la place et le rôle important de ses actions et de son engagement. Ils ont salué une merveilleuse et grande femme à sa juste valeur. Une cérémonie en sa mémoire a été organisée à La Pépinière Mathis, là où elle tenait la permanence de son association. A cette occasion un cahier de condoléances a recueilli des témoignages d’au moins une soixantaine de personnalités et d’ami-es.

Aujourd’hui ses collègues tout comme ses partenaires dont : FECODEV, la Ville de Paris, Equilibres et Populations,  Excision parlons-en, la Pépinière Mathis… doivent ressentir un grand vide.

Chaleureuse, elle n’était que sourire en permanence. A force j’ai fini par la surnommer, descendante de L’Abbé Pierre. L’homme propose, Dieu dispose…

Vendredi le transfert du corps  s’effectuera au Mali où elle sera enterrée dans sa ville natale à Ségou.

Dors en paix généreuse grande sœur… Tant que Dieu nous prêtera vie nous serons là pour porter haut le flambeau de tous tes combats pour une vie meilleure.

Aboubacar Eros Sissoko

 

 

 

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