Lettre à mes Ancêtres (de la part de Yenaya, leur fille qui les aime profondément)

Chers vénérés Ancêtres, je me permets aujourd’hui de vous écrire, sachant que de l’autre côté, dans le champ d’Ialou, vous avez surement d’autres préoccupations que celles des misérables et ô combien imparfaits que nous sommes de ce côté du voile.
Je suis votre sang, je suis vous et vous êtes moi. Séparés en apparence mais réunis à tous égards. Je suis vous et vous êtes moi : votre pensée et votre présence sont inscrites dans chaque cellule de mon corps. Voilà donc ce qui légitime, les lignes que je m’apprête à laisser maintenant.

Ô vénérés Ancêtres, buvez à votre tour jusqu’à la lie les paroles de ma colère et de mon indignation. Je sais que mes frères et sœurs ici désapprouveront ma démarche et je les comprends. L’enfant ne peut-il jamais exprimer sa frustration ? Au nom de quelle sagesse, au nom de quel culte, au nom de quelle tradition, au nom de quelles croyances, devons-nous accepter que nos yeux, constamment, se transforment en long fleuve de larmes et nos cœurs en volcans enflammés ?

Les meilleurs partent, les inutiles restent, les autres nous raillent et vous ne dites RIEN.

On nous envahit, nous pille, nous viole, et comble de tout, on nous rend responsable de nos malheurs et vous ne faites RIEN.

Esclaves chez eux, esclaves chez nous, prisonniers des autres, prisonniers de nous et vous nous contemplez dans nos chaines couvertes de VOTRE SANG.

Nous nous détruisons, nous faisons la guerre, nous trahissons, livrons des secrets initiatiques et vous ne faites RIEN.

Nous sommes abattus comme des chiens, par les autres, par nous-mêmes, pour les autres, pour nous-mêmes et vous êtes assis et vous ne faites RIEN.

Ne voyez-vous pas ? N’entendez-vous pas ? Tous les jours vous accueillez avec joie et allégresse nos Héros, nos Leaders, nos Guerriers, nos Guerrières… Vous gonflez vos rangs et laissez les nôtres dépérir.
Vous nous regardez nous débattre et nous encourager à coups de sentences mystico-ésotériques -Reality check : nous sommes PERDANTS, défaits depuis plus de 5 siècles maintenant !

Combien de siècles vous faut-il pour vous réveiller enfin ? Combien de litres de sang faudra t-il encore verser ? Ah oui je sais, vous attendez que nous vous ayions TOUS rejoins pour organiser le grand BLACK party ? Eh quoi ? En attendant, nous vous devons hommages, honneurs, révérences et PUIS QUOI ENCORE ?

Ah…J’entends déjà mes frères et sœurs me dire qu’on ne s’adresse pas de la sorte aux Anciens. Allez donc dire à vos anciens que c’est moi Yenaya-Ban qui ai parlé. Je fais échos au nom que je porte :  »Yenaya- ban = laissez-moi comme-ça » et je ne me prosternerai dans aucune autre chapelle dont la vocation sera de m’aliéner ma liberté de penser et d’être. J’accepte mon ignorance des realités de l’autre monde.

En attendant, mon monde à moi est fait de cris de terreurs, des pleurs de nouveau-nés violemment arrachés du sein maternel. Mon quotidien, ce sont ces enfants rendus soldats contre leur gré, forcés de perpétrer les actes les plus immondes, c’est ma terre qui, désacralisée, se rend complice de mes morts, c’est l’honneur bafoué des miens aux quatre coins de la planète : Surinam, USA, Centrafrique, Libye, Haiti, et tutti quanti. Voici, ô combien honorables Ancêtres, ainsi dépeintes les réalités de mon monde, si éphémère fut-il ! Voici le tableau noirci de vos ‘’prouesses’’ en faveur de vos enfants.

Makeda, ma petite sœur, voici mon colis pour les Ancêtres…Après qu’il t’est toi aussi accueillie, puisses-tu leur transmettre ce message. Toi seule ma triplette, grande guerrière de ma terre, aura la force et le courage de le faire. S’il le faut, tu conduiras une mutinerie salvatrice pour nous autres enfermés dans la macabre réalité de ce monde. Ma grande sœur Ikabanga te prêtera main forte s’il le faut. Et voici la conclusion du message que tu leur transmettras de ma part :

Dis-leur que nous n’avons construit ni maisons, ni châteaux, ni forteresses dans la défaite et l’humiliation. Nous ne saurions par conséquent nous résoudre à y élire domicile. Nous ne sommes pas là pour subir, pleurer, nous consoler puis pleurer de plus belle. Nous sommes fatigués ! Dis-leur ma sœur bien-aimée que nous leur saurons gré de :

1-Soit faire le constat de leur incapacité à intervenir et à définitivement renverser la vapeur, auquel cas nous sommes libres d’aller voir ailleurs, peut-être les ancêtres des autres nous seront-ils plus favorables…

2- Ou de sortir de leur léthargie plus de 5 fois centenaires et de faire enfin la preuve de leur NOM
Chers Ancêtres, je vous salue respectueusement,

Yenaya Tchaty
Votre enfant qui est fatiguée de subir

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