Le Bal Nègre : réouverture en 2017 d’un mythe de la nuit parisienne

L’ancienne ferme de la rue Blomet qui abritait le Bal Nègre. Le cabaret sera rouvert début 2017. © Copie d’écran

Le Bal Nègre, cabaret emblématique de la nuit parisienne des années 20 à 50, va rouvrir en 2017. De Mistinguett à Joséphine Baker, de Sartre à Camus, il a vu passer le Tout-Paris. Il était fermé depuis 10 ans puis a été racheté par un ancien trader français de la City londonienne. Célèbre pour son ambiance antillaise, il s’ouvrira à tous les styles de musiques et à d’autres événements culturels.

Avec une telle histoire, il fallait un passionné. Et la passion, c’est bien le lien qui unit Guillaume Cornut au Bal Nègre. Cet ex-trader de la City de Londres, connu pour ses talents de pianiste ouvre, à 47 ans, un nouveau chapitre de sa vie bien remplie en relevant de ses cendres une véritable institution de la nuit parisienne.

Aujourd’hui, le Bal Nègre ne paye pas de mine et le passant jette à peine un coup d’oeil à cette ancienne ferme du XVIIIème siècle, qui occupe le numéro 33 de la rue Blomet, dans le XVème arrondissement, un quartier de Paris peu couru des noctambules. Les choses pourraient changer à partir de début 2017, quand le cabaret va rouvrir ses portes, espérant poursuivre une histoire hors du commun.

De la permanence électorale au cabaret

On chercherait en vain un cabaret ouvert par un homme politique. Ce fut pourtant le cas du Bal Nègre, créé en 1924 par Jean Rézard des Wouves. Candidat martiniquais à la députation, il installe son QG de campagne dans l’arrière-salle d’un bar-tabac et pour attirer le chaland – et l’électeur – il se met volontiers au piano. Très vite, les meetings électoraux tournent à la soirée musicale, qui devient petit à petit l’activité principale du lieu.

Affiche du Bal Nègre. Durant les années folles, il suffisait de demander le « 33 » aux taxis pour se faire conduire au célèbre cabaret. © DR

L’identité antillaise du Bal Nègre ainsi posée, il devint un des hauts lieux du Paris des années folles, proche qui plus est de Montparnasse. C’est un élan de fête et de vie qui éclate au sortir des terribles mâchoires de la Première Guerre mondiale. La chanteuse Mistinguett, le peintre Foujita, l’écrivain Robert Desnos et surtout, la célèbre danseuse Joséphine Baker comptent parmi les premiers habitués du Bal Nègre. Ils viennent danser la biguine. Hemingway, Man Ray, Gershwin, Fitzgerald… tous naviguent, en tanguant souvent, à proximité. Le peintre Picabia, le photographe Brassaï y trouvent l’inspiration.

le mercredi 23 décembre 2015

Le film La Petite Lise, de Jean Grémillon (1930), donne une idée de l’ambiance au Bal Nègre.

Les Nazis s’empressent de faire fermer ce lieu métissé et joyeux durant l’Occupation et il renaît après la guerre, symbole encore une fois de la vie retrouvée. Cette fois, ce sont Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Vian ou Camus qui font sa renommée. Jean Becker y tourne Touchez pas au grisbi avec Jean Gabin et Jeanne Moreau. Le cabaret ne retrouve toutefois pas son lustre. A partir des années 60, il décline et renoue sa vie première de simple café jusqu’en 1989. Il retrouve alors brièvement le rythme du jazz en devenant un club, qui ferme en 2006.

« C’est un club où vous pouvez assister à un concert de musique classique le dimanche, un autre de jazz le lundi, une conférence le mardi et ainsi de suite« 

La nouvelle vie du Bal Nègre est donc entre les mains de Guillaume Cornut. Le trader-pianiste a financé seul son projet, avec la bénédiction de la mairie de Paris. Entre le respect du patrimoine et celui des règles sur le bruit, il a franchi les étapes. Il se dit inspiré de la « vision anglo-saxone du spectacle, où les genres se mélangent allègrement« .

Décors new yorkais

Son modèle est le « Poisson Rouge », à New York : « C’est un club où vous pouvez assister à un concert de musique classique le dimanche, un autre de jazz le lundi, une conférence le mardi et ainsi de suite« . Le décor devrait rappeler cette ambiance new-yorkaise, entre briques rouges, bois et poteaux de fonte. Le nouveau maître des lieux rêve d’y voir un même soir un trio de Schubert et un concert de jazz ou de rock.

« C’est un nom qui appartient à la salle, à son histoire« 

Restait le nom de la salle, qui risquait de choquer. Guillaume Cornut a donc consulté les Antillais de Paris, comme l’écrivain guadeloupéen Claude Ribbe. Verdict : « C’est un nom qui appartient à la salle, à son histoire. Il fait honneur à la communauté antillaise, qui est très fière de ce lieu« . Le Bal restera donc Nègre et la fête sous les auspices du piano du candidat député Rézard des Wouves.

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